jeudi, 11 avril 2019 00:00

Le président soudanais Béchir, renversé par l’armée après 30 ans au pouvoir

le président soudanais Omar el-Béchir, 75 ans, visé depuis une décennie par deux mandats d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), a été renversé par l’armée jeudi, après une contestation populaire inédite qui met fin à 30 ans de règne sans partage.

Durant ces trois décennies, Omar el-Béchir aura tenu son pays d’une main de fer après être lui-même parvenu au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat en 1989.

La mobilisation de milliers de Soudanais, déclenchée par la décision du gouvernement d’augmenter le prix du pain le 19 décembre dans un pays en plein marasme économique, constituait toutefois son plus grand défi depuis son arrivée au pouvoir.

Refusant de démissionner, ce militaire de carrière –qui était l’un des plus anciens dirigeants d’Afrique– avait décrété l’état d’urgence le 22 février sur l’ensemble du territoire après avoir tenté de réprimer le mouvement par la force.

L’ampleur de la contestation avait alors fortement baissé avant un net regain de mobilisation samedi 6 avril, lorsqu’une foule de manifestants s’est rassemblée devant le QG de l’armée à Khartoum pour demander aux militaires de la soutenir.

Les milliers de manifestants ont campé jour et nuit pendant six jours devant ce siège de l’armée, qui a finalement destitué Omar el-Béchir jeudi.

Selon un bilan officiel, au moins 49 personnes ont été tuées depuis le début du mouvement provoqué par la hausse du prix du pain, dans une économie dévastée par la crise. L’ONG Human Rights Watch avait fait état d’au moins 51 morts, dont des enfants.

 Mandats d’arrêt –

Omar el-Béchir défiait déjà de longue date la Cour pénale internationale (CPI), basée à La Haye. En 2009, celle-ci a lancé un mandat d’arrêt pour « crimes de guerre et contre l’humanité » au Darfour, région de l’ouest du Soudan meurtrie par les violences sanglantes, avant d’ajouter en 2010 l’accusation de « génocide » 

Le conflit au Darfour a fait plus de 300.000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l’ONU 

Ces mandats d’arrêt ne l’ont cependant pas empêché de voyager à l’étranger, principalement dans des pays de la région.

En décembre 2018, il s’était notamment rendu à Damas pour y rencontrer Bachar al-Assad, devenant le premier chef d’Etat arabe à aller en Syrie après l’éruption du conflit syrien en 2011.

Sous sa présidence, le Soudan a par ailleurs rejoint la coalition menée par l’Arabie saoudite qui intervient depuis 2015 au Yémen contre les rebelles Houthis, contribuant à renforcer ses liens avec le Golfe.